The King est probablement le meilleur film qu'il m'ait été donné de voir depuis le début de l'année au cinéma. Par meilleur j'entends celui qui va chercher le plus de chose en l'homme. C'est une expression qui ne définit rien au sens strict, mais j'entendais à la radio ce matin la présentatrice d'eclektik dire qu'il y a deux catégories de films : ceux où on reste jusqu'à la fin du générique tellement ils ont été loin, et les autres. The king fait partie de la première. Les synopsis ne disent jamais rien des films. Rien de plus banal qu'une histoire résumée en cinq lignes. Machin rencontre bidule quand le drame arrive. Deux amis vivent une épreuve incroyable. Mr X va vivre une période de doutes dans sa famille lors d'un été à la campgane, blah blah blah. Tout est dans la réalisation.
Et The King brille par la sienne. Les thèmes, qui se déroulent en ouvran grand les yeux des spectateurs (ou en les fermant, selon les sensibilités morales), sont à la fois ceux qui nous sont le plus familier et les plus difficiles à saisir. Les interdits fondamentaux sont bafoués, mais on ne comprend pas pourquoi le personnage agit comme ça. On en vient à passer des hypothèses en revue : fou, inconscient, calculateur ? Rien ne satisfait à expliquer ce qu'il se passe, qui nous dépasse. La condition d'homme est mise en jeu sur l'écran, rien de moins. Rien de moins.
Gabriel Garcia Bernal interprète son rôle avec grandeur. Le son soutient toutes les images, les scènes gravent leur message au laser dans les esprits, finement et définitivement. Mais la critique n'a pas l'air d'aimer : après les synopsis, il faut se rendre compte de l'inutilité absolue des critiques de presse de cinéma. Ce film est timidement accueilli. Un signe, peut-être, de son ampleur qui nous englobe ? Les gens n'aiment pas ce qui leur échappe. Même par les spectateurs, qui à la fin s'empressent de se donner une explication, le plus vite possible, sur ce qu'ils viennent de voir, pour ne plus y penser ensuite.
Ah, malheur. C'est dans ces moments là, dans le silence qui suit une grande oeuvre, que l'on reprend conscience que les idées emprisonnent autant qu'elles libèrent. Que la culture, n'est qu'un paradigme, un filtre sur le réel, et que nous ne lisons jamais celui-ci directement. Le réel n'existe pas, il est. Notre erreur est d'être aussi, au lieu d'exister, en espérant nous rapprocher de lui. Il est toujours déjà trop tard.